D’abord, il y a les années de la petite enfance, où ce qui compte le plus, c’est qu’il sache dire bonjourmerciaurevoir. Ca semble si difficile à atteindre comme but. Et en 2 coups de cuillère à pot, il blablate, discute, négocie, et on retrouve sa fille de 9 ans dans les rayons d’une librairie en train de conseiller une maman qui veut acheter des livres pour sa fille.
C’est con, mais dans ces moments-là, je me dis qu’on a réussit quelque chose. Elle a un avis (en fait, c’est un mauvais exemple car Morgane avait déjà un avis à 3 mois) et le partage, défend ses points de vue, est déjà riche d’une culture (forcément, elle finit par être instuite à force de ne pas aller à l’école).
Ensuite on voudrait qu’il soit bon camarade, qu’il ressente de l’empathie pour ses prochains, qu’il soit aimé. Lui s’en tamponne, il répond qu’on ne peut pas aimer tout le monde ni être aimé par tout le monde. Il nous donne des leçons de tolérance.
C’est con, mais dans ces moments-là, je me dis qu’on a réussit quelque chose. Il choisit ses amis en fonction ce qu’il pense, pas de ce qu’il aimerait qu’on pense de lui. Je ne suis pas sûre d’avoir su faire ça avant mes 30 ans moi. Et mon fils me raconte son premier flirt, et on se met à avoir peur. Peur de la tristesse du premier chagrin d’amour, peur des erreurs, peur du monde d’adultes dans lequel il a mit un pied.
Et puis voilà qu’arrive le moment des décisions à prendre. L’an prochain ? Choisir une voie, une option, un lycée, une filière. On demande à 14 ans de fermer des portes, d’en ouvrir d’autres, sans savoir si ses goûts sont bien définis. Et si on se plantait ? Et si le choix était fait en désespoir de cause ? Et si le fait de vivre sur une île fermait d’office des portes ?
Et si ça en ouvrait d’autres ? Vivre dehors, faire du sport à longueur de journée, ne pas connaître les dimanches pluvieux et froids derrières des vitres embuées, vivre avec au-dessus de sa tête les risques maximum liés aux catstrophes naturelles qui rend l’homme à la fois vulnérable mais qui apprend aussi que tant qu’il n’y a pas mort d’hommes, rien n’est vraiment grave. C’est vrai partout, mais finalement, nous sommes si près d’Haïti, là où le Diable s’amuse à jouer avec les hommes.
Je ne sais pas ce qu’on transmet à nos enfants. Je ne sais pas si à force de démanager tous les 3 ans, nous avons donné une arme pour la vie ou au contraire saboter les fondations de ce qu’ils seront comme adultes.
Et puis certaines choses sont si incontrôlables. Ce que l’on transmet n’est-il pas déjà ce que l’on nous a transmis ? Si Gauvain aime le rock, cela ne lui tient-il pas de son grand-père ?
Si Ronan nage à 3 ans, n’est ce pas aussi grâce aux gènes bretons ?
J’ai trouvé une chanson qui me parle beaucoup en ce moment, période où j’aurais aimé fêter les 62 ans du papy de mes enfants avec eux et lui. L’héritage…
Si tu aimes les soirs de pluie
Mon enfant, mon enfant
Les ruelles de l’Italie
Et les pas des passants
Eternelle litanie
Des feuilles mortes dans le vent
Qui poussent un dernier cri
Crie mon enfant
Si tu aimes les éclaircies
Mon enfant, mon enfant
Prendre un bain de minuit
Dans le grand océan
Si tu aimes la mauvaise vie
Ton reflet dans l’étang
Si tu veux tes amis
Près de toi tout le temps
Si tu pries quand la nuit tombe
Mon enfant, mon enfant
Si tu ne fleuris pas les tombes
Mais chéris les absents
Si tu as peur de la bombe
Et du ciel trop grand
Si tu parles à ton ombre
De temps en temps
Si tu aimes la marée basse
Mon enfant, mon enfant
Le soleil sur la terrasse
Et la lune sous le vent
Si l’on perd souvent ta trace
Dès qu’ arrive le printemps
Si la vie te dépasse
Passe mon enfant
Ca n’est pas ta faute
C’est ton héritage
Et ce sera pire encore
Quand tu auras mon âge
Ca n’est pas ta faute
C’est ta chair, ton sang
Il va falloir faire avec
Ou plutôt sans
Si tu oublies les prénoms
Les adresses et les âges
Mais presque jamais le son
D’une voix, un visage
Si tu aimes ce qui est bon
Si tu vois des mirages
Si tu préfères Paris
Quand vient l’orage
Si tu aimes les goûts amers
Et les hivers tout blancs
Si tu aimes les derniers verres
Et les mystères troublants
Si tu aimes sentir la terre
Et jaillir le volcan
Si tu as peur du vide
Vide mon enfant
Ca n’est pas ta faute
C’est ton héritage
Et ce sera pire encore
Quand tu auras mon âge
Ca n’est pas ta faute
C’est ta chair, ton sang
Il va falloir faire avec
Ou plutôt sans
Si tu aimes partir avant
Mon enfant, mon enfant
Avant que l’autre s’éveille
Avant qu’il te laisse en plan
Si tu as peur du sommeil
Et que passe le temps
Si tu aimes l’automne vermeil
Merveille rouge sang
Si tu as peur de la foule
Mais supporte les gens
Si tes idéaux s’écroulent
Le soir de tes 20 ans
Et si tout se déroule
Jamais comme dans tes plans
Si tu n’es qu’une pierre qui roule
Roule mon enfant
Ca n’est pas ta faute
C’est ton héritage
Et ça sera pire encore
Quand tu auras mon âge
Ca n’est pas ta faute
C’est ta chair, ton sang
Il va falloir faire avec
Ou plutôt sans
Mon enfant…Mon enfant…