Je me souviens de scène, où l’enfant en maternelle, bagareur, ou puni, recevait un « t’en verras d’autres, dans ta vie, faut pas dramatiser, l’école, c’est la jungle ».
Je me souviens aussi de phrases comme « quoiqu’il arrive, le prof a raison, tu recevras le double à la maison si tu es puni ».
Ou alors des « Ben de mon temps, on recevait des coups de règles sur les doigts et j’en suis pas mort ».
Ben si, on en est tous morts un petit peu. Ou en tout cas quelque chose en nous est mort.
On croyait qu’apprendre c’était facile, que chaque enfant avait les mêmes capacités. Dès les premières années, on apprend que s’instruire c’est douloureux, humiliant, que nous vivons dans un monde de compétition, qu’on peut entendre d’un prof, comme le reçoit chaque semaine Gauvain de sa prof d’espagnol « t’es vraiment nul, c’est pourri ce travail ».
C’est de la violence ordinaire, de la violence institutionnelle et ça donne quoi au final ?
Dans le meilleur des cas, ça donne des adultes ayant peu confiance en leur capacité, des mères de famille de 38 ans infoutues d’oser dire ce qu’elles veulent faire plus tard (suivez mon regard), des gens qui vont travailler comme on va au bagne, des personnes névrosées (oh, juste un peu), mal dans leur peau, se réfugiant dans la bouffe, la clope, parfois l’alcool.
Ca peut donner aussi des patrons qui reproduisent ce qu’ils ont eu devant leurs yeux pendant des années, abus de pouvoir et harcèlement.
Au pire, ça donne ce que Laurence raconte ici.
Nos enfants ne sont pas de mini adultes qui ont l’expérience de fermer leur gueule et d’encaisser. Ce sont des enfants qui se révoltent de l’injustice avec un regard neuf. Ne leur clouons pas le bec par des « t’en verras d’autres », parce qu’à mon sens, c’est une double trahison. Quand il y a un monstre sous le lit de votre bébé, ne pensez pas qu’en fermant la porte et en le laissant dans le noir, il apprendra la vie.
Il en aura peur de la vie, et ce sera notre faute.