Il y a quelques temps, nous discutions avec une amie sur la goujaterie de certaines remarques de notre entourage proche (pour ne pas dire maris) quant à notre façon de tenir la maison.
Elle me racontait qu’à midi, après les corvées de la matinée et du repas, et après avoir déposé son fils à l’école, elle avait pris un livre et s’était allongée quelques minutes sur son lit au frais (parce que nous, les Mamans au Foyer, n’avons pas de bureau climatisé). C’est ainsi que son mari l’a vue quand il est reparti travailler.
Après une après-midi d’enfer (allers-retours dans une voiture surchauffée, courses, ménage, réglages des papiers de la maison, encore quelques allers-retours), vers 19h, elle s’est de nouveau allongée quelques minutes, avec le même livre, au frais, le temps que le repas cuise. Et c’est ainsi que son mari l’a vue quand il est rentré.
Vous devinez la suite ?
Le riz était cuit, il a donc appuyé sur le bouton « off » de la gazinière.
Alors du coup, forcément, c’était grâce à lui que le repas était fait et sa femme avait passé toute la journée allongée à lire.
C’est assez comique expliqué comme ça.
Je crois que c’est une histoire de lorgnette et de point de vue.
Ma maison est grande. C’est simple, quand je fais le rez de chaussé, il faut que je recommence arrivée au bout. Alors je ne vous explique même pas pour l’étage, où je mets rarement les pieds.
A la maison, 7j/7, il y a un 4 ans très « vivant » et plein d’imagination et une 9 ans qui s’étale, s’étale, s’étale. Et parfois, entre le matin 7h et le soir 19h, on dirait bien qu’un cyclone est passé par là.
Pourtant…
Pourtant, juste aujourd’hui, un lundi normal, j’ai:
– défait les rideaux intérieurs pour les laver (personne ne s’en rendra compte, ça m’a pris 30 mns pour les décrocher et les raccrocher, + le temps de la lessive). sauf qu’ils ont rétrécis de 10 cm, donc j’aurais bien une petite remarque quand même.
– j’ai déplacé le canapé sous lequel on trouvait des capsules de bouteilles de bière, des feutres, des petites voitures, une chaussette, de la poussière (mais c’est SOUS le canapé, donc personne ne verra que ce n’est plus là).
– j’ai passé balai + aspirateur (ben oui, y’a des trucs tellement gros parterre que ça ne passerait pas de suite dans le tuyau de l’aspi) dans tout le salon (murs compris)
– j’ai lavé le sol (on a entre 3 et 4 chats selon les périodes, donc c’est vitre cracra).
Tout ça, ça fait déjà 3h de prises.
Parce qu’entre temps et en MEME temps, j’ai fait travaillé Morgane sur la divisibilité, j’ai fait faire des fiches de calculs à Ronan, j’ai fait 2 lessives (sans compter celle des rideaux), j’ai trouvé une idée pour le repas, j’ai fait le repas, j’ai reçu un coup de fil de mon grand que j’ai dû aller chercher alors que ce n’était pas prévu, j’ai plié le linge,…
Il n’est que 13h. Et la table de la salle est toujours encombrée.
Le travail invisible est ingrat. Parce qu’il est essentiel mais que personne ne le voit. Parce que quand je vide les placards de la cuisine pour les laver, quand je trie les fringues, les livres, quand je prépare les cours de Morgane, quand j’enlève la poussière sur les piles de dvd… ben tout ça, c’est du travail invisible. Et comme le disait ma copine Ariane, ça ne rentre pas dans le PIB, mais pour le même taff, on paierait 1200 euros par mois quelqu’un pour le faire.
Ce qui se voit est plus important. Mon amie aurait dû bouquiner toute le journée sous sa clim et juste se lever quand son mari était là
Bon je vous laisse, je dois encore faire un cours de conjugaison à Morgane, mettre encore une lessive à sécher, passer la serpillère dans la cuisine, vider le lave-vaisselle, aider Gauvain à faire ses devoirs, emmener Morgane au judo, trouver une idée pour le repas du soir, aller faire un tour de vélo avec Ronan, remettre pour la centième fois en place les coussins du canapé, ranger la terrasse, lutter contre les moustiques…
Pour le reste, je peux aussi le faire la nuit tiens !